Responsabilité en cas de vol sur chantier de construction : qui est responsable ?

Chiffres à la clé, la réalité ne fait pas de détour : en 2024, plus de deux tiers des entreprises du BTP signalent avoir déjà été victimes d’un vol sur un chantier. Ce n’est plus un simple désagrément, c’est une véritable hémorragie dont l’industrie peine à contenir les effets.

Vols sur les chantiers de construction : un risque sous-estimé aux conséquences multiples

Les statistiques sont sans appel : 68 % des professionnels du BTP ont déjà constaté au moins un vol sur chantier. Pire, la dynamique s’intensifie avec une hausse de 40 % en une seule année. Les cibles ne se limitent plus aux engins de chantier et aux matériaux classiques. Les voleurs visent aussi les outils, le carburant, les équipements électroniques, parfois même des données sensibles. On assiste à une montée en gamme des méthodes et des objets dérobés.

Un vol ne laisse jamais l’entreprise indemne. Les pertes immédiates s’élèvent à 1 à 2 milliards d’euros par an pour le secteur, avec des entreprises qui voient s’envoler en moyenne 31 000 euros à chaque incident. Mais l’impact va plus loin : délais rallongés, pénalités contractuelles qui tombent, motivation des équipes en berne, et parfois des tensions qui dégénèrent, voire des chantiers à l’arrêt. L’image de l’entreprise en souffre, la relation client aussi.

Voici les conséquences les plus courantes qui frappent les professionnels après un vol :

  • Retard de chantier : reprise des travaux retardée, délais à rallonger, effectifs à réorganiser.
  • Pénalités contractuelles : sanctions financières et discussions houleuses avec le maître d’ouvrage.
  • Impact moral : climat d’insécurité, moral des équipes en baisse.

Le vol n’est plus un simple contretemps : il remet en cause la qualité des projets, met la sécurité des travailleurs en péril et fragilise la rentabilité des opérations. Dès lors, la sécurisation du chantier, le suivi du matériel et la vigilance collective deviennent des priorités incontournables.

Qui porte la responsabilité en cas de vol sur un chantier ?

Sur un chantier de construction, la responsabilité en cas de vol s’appuie sur un principe clair : selon l’article 1788 du Code civil, l’entrepreneur doit assurer la surveillance du site, des matériaux et des équipements jusqu’à la réception des travaux. Ce devoir reste valable, même en présence de plusieurs entreprises ou d’une chaîne de sous-traitance très étendue. La responsabilité circule donc tout au long du projet, jusqu’à la remise officielle de l’ouvrage.

Après la réception, c’est au maître d’ouvrage de prendre le relais. À lui la garde, à lui les risques, vols compris. Mais attention, tout dépend du contrat d’assurance souscrit. L’assurance tous risques chantier (TRC) couvre en principe matériel et matériaux, mais à condition de déclarer le sinistre rapidement, de déposer plainte, de fournir photos, factures et preuve de l’effraction. Les clauses d’exclusion restent nombreuses, notamment en l’absence de dispositifs de sécurité ou si le vol n’a pas laissé de traces visibles.

Les assureurs du secteur, dont SMABTP, conseillent de procéder avec méthode : ne rien déplacer, contacter les forces de l’ordre, déposer plainte dans les plus brefs délais, avertir l’assureur et transmettre l’ensemble des preuves collectées. Installer des barrières, un système de vidéosurveillance ou un service de gardiennage peut parfois faire baisser la prime et réduire les risques de litige en cas de vol.

Panorama des solutions concrètes pour protéger efficacement son chantier

La sécurité des chantiers de construction est désormais un passage obligé. Avec une hausse des vols de 40 % en un an, les entreprises du BTP multiplient les initiatives pour renforcer la prévention. Ce chantier de la sécurisation combine solutions physiques, organisationnelles et technologiques.

Voici un aperçu des dispositifs les plus utilisés pour protéger efficacement un site en activité :

  • Clôtures, éclairage, contrôle d’accès : ensemble, ils forment la première ligne de défense. Des clôtures solides, un éclairage puissant, des accès verrouillés, et des badges personnalisés, parfois même biométriques, permettent de surveiller qui entre et sort, limitant le risque de vol de matériels ou d’outils.
  • Surveillance humaine et électronique : la vidéosurveillance intelligente, les détecteurs de mouvement, les alarmes reliées, l’intervention d’un gardien : ces dispositifs se complètent. Certaines sociétés, comme Caddenz, proposent des solutions sur mesure : caméras thermiques, veille stratégique, diagnostic sûreté.
  • Technologies GPS/RFID : localiser en temps réel les engins et le matériel stratégique devient un réflexe. Les traceurs GPS et les puces RFID réduisent les pertes et accélèrent la récupération après un vol.
  • Organisation de chantier : limiter le stockage sur site, privilégier un approvisionnement au fil du besoin, sécuriser les conteneurs, afficher des panneaux dissuasifs. La formation des équipes à la vigilance reste aussi un point d’appui solide.

La sécurisation ne se résume pas à installer une alarme. Elle implique tous les acteurs du chantier, du donneur d’ordre à l’artisan, sans oublier le coordinateur sécurité. Des entreprises spécialisées, telles que SMABTP ou Caddenz, proposent des offres globales : audit, conseil et assurance adaptée, avec parfois un bonus sur la prime pour ceux qui investissent dans la prévention.

Agent de sécurité vérifiant un cadenas cassé sur un site

Mettre en place des protocoles de sécurité : meilleures pratiques et recommandations

Former et sensibiliser les équipes constitue le premier rempart contre les vols sur chantier. Il ne suffit pas d’une piqûre de rappel : il s’agit de mettre en place des sessions régulières, axées sur les procédures d’alerte, le contrôle des accès et le repérage des comportements suspects. La Fédération Française du Bâtiment (FFB) incite à intégrer ces modules dès l’accueil du personnel et des sous-traitants.

En cas de vol, la marche à suivre exige rigueur et méthode. Il faut éviter de toucher quoi que ce soit, alerter aussitôt les forces de l’ordre : police ou gendarmerie. Grâce à l’accord entre le Ministère de l’Intérieur et la FFB, le dépôt de plainte se simplifie, notamment via la plateforme FOVes. Un guide élaboré par la DLR, recommandé par le PJGN, aide à constituer rapidement un dossier : relevés, photos, factures, inventaire précis des objets volés.

L’amélioration de la traçabilité du matériel passe par la mise en œuvre de la norme AFNOR NF P 03-001, qui encadre la tenue de registres et l’identification des équipements. Un diagnostic sûreté, mené avec un spécialiste avant le lancement du chantier, permet d’identifier les vulnérabilités du site. Ce diagnostic sert de base pour élaborer un plan de prévention sur mesure, qui formalise les responsabilités et l’organisation de la surveillance.

Impliquer chaque intervenant dans le respect du protocole, c’est aussi accélérer la gestion des sinistres auprès de l’assureur. Une réponse structurée permet une indemnisation plus rapide et souvent plus complète.

La lutte contre le vol sur chantier ne se joue pas en solo. Sur chaque projet, la vigilance collective fait toute la différence : un chantier protégé n’est jamais le fruit du hasard.